Si le scan externe révèle ce que les attaquants voient depuis Internet, le scan interne dévoile ce qu’un intrus pourrait exploiter une fois à l’intérieur de votre réseau. Car la vraie question n’est plus « si » vous serez compromis, mais « quand » — et surtout, jusqu’où l’attaquant pourra aller.
Cet article détaille comment mettre en place un scanner ASM interne basé sur un agent léger et des outils 100% open source.
Pourquoi scanner votre réseau interne ?
Une fois qu’un attaquant a pénétré votre réseau (via phishing, VPN compromis, ou fournisseur infecté), il effectue une reconnaissance interne pour :
- Identifier les serveurs critiques (AD, bases de données, backups)
- Trouver des services vulnérables non patchés
- Repérer des credentials en clair ou des configurations faibles
- Planifier ses mouvements latéraux vers les actifs sensibles
Le scan interne vous permet de voir votre réseau avec les yeux d’un attaquant — avant qu’il ne le fasse lui-même.
L’approche par agent : simple et efficace
Plutôt que de scanner depuis l’extérieur ou de déployer une infrastructure complexe, l’approche par agent consiste à installer un scanner léger directement sur votre réseau.
Avantages :
- Visibilité complète : accès à tous les segments réseau internes
- Pas de configuration firewall : l’agent est déjà à l’intérieur
- Déploiement simple : une VM ou un conteneur Docker suffit
- Résultats centralisés : envoi automatique vers votre console de sécurité
Pipeline de scan interne open source
Un pipeline type utilise exclusivement des outils open source maintenus par la communauté. Voici les 5 étapes :
1. Découverte réseau avec Nmap
Nmap est le standard de facto pour la découverte réseau. À partir de vos plages IP internes, il identifie :
- Tous les hôtes actifs sur le réseau
- Les systèmes d’exploitation (Windows, Linux, équipements réseau)
- Les noms d’hôtes et informations NetBIOS
- Une première liste de ports ouverts
Pourquoi Nmap ? Fiable, rapide, et capable de gérer des réseaux de plusieurs milliers d’hôtes. Les techniques de scan (SYN, TCP connect, UDP) s’adaptent à chaque environnement.
2. Scan de ports approfondi avec Naabu
Naabu (Project Discovery) complète Nmap avec un scan de ports ultra-rapide et moderne :
- Scan des ports les plus courants ou de plages personnalisées
- Détection des services sur ports non-standards
- Performances optimisées pour les grands réseaux
- Output structuré pour le chaînage avec d’autres outils
3. Fingerprinting des services avec httpx
httpx (Project Discovery) analyse tous les services HTTP/HTTPS découverts :
- Technologies utilisées (serveur web, framework, CMS)
- Titres des pages et codes de réponse
- Certificats SSL et leur validité
- Headers de sécurité manquants
- Détection des panneaux d’administration
C’est souvent à cette étape qu’on découvre des interfaces web oubliées : anciennes applications, consoles de monitoring, pages de configuration d’équipements…
4. Scan de vulnérabilités avec Nuclei et/ou OpenVAS
Deux options open source complémentaires selon vos besoins :
Option A : Nuclei (Project Discovery)
Idéal pour un scan rapide et ciblé :
- Plus de 8000+ templates de détection maintenus par la communauté
- CVE récentes, misconfigurations, expositions de données
- Détection de credentials par défaut
- Scan ultra-rapide et léger
- Parfait pour les services web et APIs
Option B : OpenVAS (Greenbone)
Scanner de vulnérabilités complet de niveau entreprise :
- Plus de 100 000+ tests de vulnérabilités (NVT)
- Couverture étendue : réseau, OS, applications, bases de données
- Détection approfondie des CVE sur tous types de services
- Rapports détaillés avec scores CVSS
- Interface web intégrée pour la gestion des scans
Bonne pratique : utilisez Nuclei pour les scans fréquents (rapide, peu gourmand) et OpenVAS pour des audits approfondis périodiques. Les deux peuvent coexister dans le même pipeline.
Exemples de détections :
- Serveur Jenkins sans authentification
- Interface phpMyAdmin avec credentials par défaut
- Partages SMB accessibles en anonyme
- Certificats auto-signés ou expirés
- Services avec vulnérabilités CVE connues
- Systèmes Windows/Linux non patchés
- Équipements réseau avec firmware vulnérable
5. Envoi des résultats vers la console
Les résultats sont automatiquement transmis à l’API de votre plateforme de sécurité pour :
- Centralisation des découvertes internes et externes
- Corrélation avec les autres sources de données
- Priorisation intelligente des risques
- Suivi de la remédiation dans le temps
Scan interne vs scan externe
Les deux approches sont complémentaires (voir aussi notre guide du scan externe) :
| Scan Externe | Scan Interne | |
|---|---|---|
| Perspective | Attaquant externe (Internet) | Attaquant interne (post-intrusion) |
| Périmètre | Actifs exposés publiquement | Tout le réseau interne |
| Découvertes typiques | Sous-domaines, APIs, services web | Serveurs, postes, équipements réseau |
| Déploiement | Depuis le cloud | Agent sur le réseau local |
| Vulnérabilités | Failles web, configurations cloud | Services internes, SMB, AD, bases de données |
Recommandation : combinez les deux pour une visibilité à 360° de votre surface d’attaque.
Bonnes pratiques de déploiement
Pour un scan interne efficace et sans perturbation :
- Informez votre équipe IT avant le premier scan
- Planifiez les scans en heures creuses pour les réseaux sensibles
- Excluez les équipements fragiles (certains IoT, systèmes legacy)
- Commencez par un segment avant de scanner tout le réseau
- Documentez les exclusions et leurs raisons
Ce que ça révèle généralement
Les scans internes chez les PME et ETI révèlent généralement :
- Serveurs de test oubliés avec des données de production
- Équipements réseau avec firmware obsolète
- Partages réseau trop permissifs
- Applications métier non patchées depuis des années
- Imprimantes et IoT avec interfaces d’admin exposées
- Postes de travail avec services inutiles activés
Exemple d’implémentation : l’approche ucyber.ai
Ce type de pipeline peut être packagé dans un agent de scan préconfigué qui s’installe en quelques minutes. Voici un exemple d’architecture :
- Image Docker ou VM prête à l’emploi
- Configuration guidée des plages IP à scanner
- Planification automatique des scans (quotidien, hebdomadaire…)
- Analyse IA des résultats pour éliminer les faux positifs
- Alertes priorisées sur les vulnérabilités critiques
- Recommandations concrètes pour la remédiation
L’avantage de cette approche : l’agent tourne sur votre infrastructure, et seuls les résultats (pas vos données) sont transmis vers une console centralisée.
Vous souhaitez mettre en place ce type de solution ? Contactez-nous pour discuter de votre projet ou demandez un audit gratuit pour évaluer votre surface d’attaque actuelle.