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Faille Wi-Fi Broadcom : ce que risquent vos box internet

Une faille Wi-Fi Broadcom présente depuis 2010 permet à un attaquant situé à portée radio de prendre le contrôle d’une box internet ou d’un point d’accès, sans connaître le mot de passe Wi-Fi. Aucun correctif n’est disponible pour la plupart des modèles touchés : la meilleure parade aujourd’hui consiste à identifier vos équipements, à couper le WPS et à ne plus confier le Wi-Fi de l’entreprise à la box de l’opérateur.

Ce que permet la faille Wi-Fi Broadcom sur le WPS

Le chercheur belge Quentin Kaiser a présenté le 16 octobre 2026, à la conférence Hexacon à Paris, une vulnérabilité dans l’implémentation propriétaire du Wi-Fi fournie par Broadcom aux fabricants de box et de routeurs. Le défaut se trouve dans le code qui gère le WPS, la fonction d’appairage « par bouton » que l’on trouve sur la plupart des box. Selon sa publication détaillée, la faille se déclenche à distance par simples trames Wi-Fi, sans clé réseau et sans terminer un appairage WPS normal.

Concrètement, l’attaquant exécute son propre code sur l’équipement. Dans la démonstration, ce code lit le mot de passe Wi-Fi stocké dans la mémoire de la box, le renvoie à l’attaquant, qui rejoint ensuite le réseau comme n’importe quel poste légitime. Une seconde démonstration ouvre un accès complet à distance sur la box, sans serveur de commande sur internet : tout passe par les ondes. Le chercheur précise que l’attaque fonctionne à bonne distance, la proximité de l’antenne dans les vidéos n’étant qu’un artifice de laboratoire.

Pourquoi le correctif n’arrive pas

Le bug date d’au moins 2010. Un correctif partiel a été publié discrètement en 2018, puis Broadcom a recommandé aux fabricants de migrer vers une autre pile logicielle. Résultat, d’après les supports de la conférence : sur les puces fonctionnant sous eCos (BCM3380, BCM3383, BCM33834), la faille ne sera jamais corrigée ; sur les puces sous Linux (BCM3390, BCM65xx, BCM68xx), tout dépend de la bonne volonté de chaque fabricant. Broadcom a refusé d’attribuer un identifiant CVE, ce qui signifie qu’aucun scanner de vulnérabilités ne la signalera.

Le chercheur a confirmé l’exploitation sur trois des quatre grands opérateurs belges et estime à plus de 1,5 million le nombre de box potentiellement exposées dans ce seul pays. Au 15 octobre 2026, aucun des modèles testés n’avait reçu de correctif.

Les box internet des PME sont-elles concernées ?

À ce jour, les modèles confirmés sont des box d’opérateurs belges. Mais les fabricants concernés vendent dans de nombreux pays, et le chercheur évoque « des dizaines de fabricants et des centaines de produits ». Aucun modèle distribué en France n’a été confirmé ou écarté publiquement : l’absence d’information n’est pas une preuve d’immunité.

Le risque est réel pour une PME pour trois raisons :

  • La box sert souvent de point d’accès Wi-Fi principal dans les agences, les petits sites et les bureaux partagés, sur le même réseau que les postes et les serveurs.
  • Personne ne surveille son micrologiciel : elle est gérée par l’opérateur, rarement inventoriée, et n’envoie aucun journal à votre supervision.
  • L’attaque ne laisse pas de trace sur internet, puisqu’elle passe par les ondes. Une box compromise peut intercepter ou rediriger le trafic sans éveiller de soupçon.

Ce type d’attaque de proximité n’a rien de théorique : en 2024, Volexity a documenté un groupe d’espionnage qui avait pénétré une organisation en rebondissant par le Wi-Fi d’un bâtiment voisin. Les cibles prioritaires sont les entreprises situées en rez-de-chaussée, en centre d’affaires, en zone commerciale ou à proximité de lieux publics.

Que faire maintenant face à la faille Wi-Fi Broadcom

  1. Identifiez le modèle exact de chaque box et point d’accès de vos sites (étiquette, interface d’administration), puis comparez-le à la liste publiée par le chercheur ; votre prestataire peut aussi utiliser son script de détection.
  2. Désactivez le WPS sur toutes les box, répéteurs et bornes qui le proposent : le code vulnérable est celui du WPS, et cette fonction n’a aucune utilité en entreprise.
  3. Demandez par écrit à votre opérateur ou à votre infogérant si vos modèles utilisent une puce Broadcom concernée, si un correctif est prévu et à quelle date.
  4. Coupez le Wi-Fi intégré à la box et confiez la diffusion à des bornes professionnelles maintenues, avec un réseau invités séparé des postes et des serveurs.
  5. Planifiez le remplacement des équipements pour lesquels aucun correctif n’est annoncé, en commençant par les sites les plus exposés physiquement.

La désactivation du WPS réduit l’exposition, mais elle ne remplace pas un micrologiciel corrigé : sur certains équipements, l’option de l’interface ne coupe pas forcément tout le code concerné. Les recommandations de l’ANSSI sur les réseaux Wi-Fi vont dans le même sens : cloisonner le Wi-Fi du reste du système d’information et traiter chaque point d’accès comme un équipement à part entière.

Un équipement réseau compromis se repère surtout par ce qu’il fait ensuite : connexions inhabituelles, nouveaux appareils sur le réseau, flux vers l’extérieur. C’est précisément ce que surveille notre SOC managé 24/7 pour PME et ETI.

Pour aller plus loin, relisez notre article sur les routeurs compromis par APT28 et celui consacré aux Wi-Fi publics et DNS pirates.

Ce qu’il faut retenir

  • Une faille du WPS de Broadcom permet de prendre le contrôle d’une box à portée Wi-Fi, sans mot de passe.
  • Elle existe depuis 2010, n’a pas de CVE et reste sans correctif sur de nombreux modèles.
  • Les modèles confirmés sont belges, mais les fabricants concernés vendent dans de nombreux pays.
  • Désactiver le WPS et sortir le Wi-Fi de la box sont les deux mesures immédiates.
  • Les équipements sans correctif annoncé doivent être remplacés.

Sources

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